Avec ou sans lait ? (2/2)

Des enfants conduisant les buffles, Viêt Nâm (photo personnelle)

Ainsi, au contraire, dans de nombreuses sociétés basées sur un système d’élevage, le lait est un élément indispensable, permettant de pallier à la pénurie -provisoire ou permanente- d’autres aliments ou faisant partie intégrante du régime alimentaire.

Dans les belles et grasses prairies normandes, les vaches ont pu produire du lait en abondance, dont une partie a pu être prélevée par les humains pour leur propre nourriture, en plus de celles des veaux.

Lire la suite

Publié dans Explications, Vulgarisation | Tagué , , , , | 1 commentaire

Avec ou sans lait ? (1/2)

Vaches normandes sur prairie normande…

    Il apparait de plus en plus fréquemment, dans différents blogs, revues, livres ou articles, des positions dénigrant le lait de vache et ses dérivés, positions souvent virulentes, parfois désabusées, souvent étonnantes.

Cet aliment serait la cause de tant de maux, d’allergies, de mal-être humain et animal. «Le lait c’est pour le veau» peut-on voir écrit. Assiste-t-on à une «campagne de dénigrement» du lait de vache? Il est vrai que le nombre d’allergies ou d’intolérance au lactose augmente (ou bien est-ce l’information qui augmente, car on ne s’en préoccupait pas auparavant?)
Lire la suite

Publié dans Explications, Vulgarisation | Tagué , , , | 5 commentaires

Agriculture et agro-alimentaire feront-ils bon ménage?

C’est la question que l’on peut légititmement se poser face à l’intitulé du nouveau ministère.

Si l’ANIA se félicite que l’agro-alimentaire soit enfin reconnu dans un ministère, il est tout de même à rapeller que les intérêts des uns ne sont pas forcément ceux des autres.
En 2010, déjà, le ministre de l’époque avait rajouté un « A » au ministère de l’agriculture, qui devenait le mnistère de l’Alimentation, de l’Agriculture, etc. Est alors créé à la même époque le site institutionel sur l’alimentation en plus de celui déjà existant sur l’agriculture (qui reste le portail officiel du ministère, malgré les changements de noms). L’alimentation viendrait donc avant l’agriculture, l’utilisation de l’objet avant sa production?
Sur ce nouveau site apparaissent des thèmes comme le « patrimoine alimentaire »; « manger local et durable »; « les enfants » (…) Sont abordés ainsi les problématiques de santé, de sécurité sanitaire, de nourriture. Il faut nourrir la population. Certes, mais à quel prix, comment, avec quoi? N’est-ce pas d’abord avec ce qu’il avait autour de lui que l’Homme a du apprendre à se débrouiller pour survivre?Il serait bon de rappeler qu’au départ, l’être humain s’est nourri à parti de ce qu’il avait à sa disposition. Les « traditions culinaires » sont nées à partir de spécificités régionales, de ce qui pouvait être produit dans tel endroit, en fonction des particularités du climat, du sol, de la faune et de la flore et de l’organsiation sociale des individus, des outils qu’ils avaient inventé. Aujourd’hui, en Occident, quand tout ou presque est accessible à tout le monde -si tant est qu’on en ait les moyens- on aurait tendance à oublier d’où vient la nourriture. Et même si l’objectif est plus que louable de vouloir nourrir son pays et la planète, il ne faudrait pas oublier le secteur « primaire » comme le disent les économistes, le premier, la base, quoi.
Marketing, quand tu nous tiens.
Est ainsi mise à l’honneur l’innovation, tout en fleurtant sur la « tradition » (la tradition de quoi, de qui, de quelle époque?….) car c’est vendeur. L’innovation, cela fait jeune, moderne, c’est le progrès, on n’est pas des vieux croutons qui mangeons toujours pareil depuis nos ancêtres. La tradition, ça rassure cela monte qu’il y a une base solide, ancienne, donc éprouvée et sûre, cela nous identifie à une communauté. Or rien n’est plus plus difficile à définir qu’une tradition, tout simplement car cela évolue dans le temps!
Ces deux concepts qui semblent si opposés sont pourtant allègrement utilisés dans les stratégies commerciales des firmes agro-alimentaires.
 
Doit-on toujours opposer producteurs et transformateurs ?
Pas toujours, certes mais souvent. Car si les uns souhaitent acheter leur matière première à moindre coût, les producteurs de cette matière première veulent eux être rémunérés convenablement et si possible au-dessus de leur coût de revient. Ce qui est loin d’être toujours le cas. (Sans parler de la difficulté d’établir un coût de revient dans la production agricole, en particulier en élevage, mais c’est un autre sujet).
Il est beaucoup question, depuis la dernière crise de l’élevage de 2011, de contractualisation. Contractualisation que tous les acteurs souhaitent ardemment en temps de crise, mais qui est bien vite mise à l’écart lorsque les cours des matières agricoles sontà la hausse. Cela n’apparait donc pas comme une solution, à moins de revoir très précisméent les termes du contrat.
L’intégration est également très développée, notamment dnas la filière avicole, malheureusement médiatisée ces derniers jours avec le groupe Doux. Cas qui illustre bien la difficulté qu’il peut exister entre les intérêts d’un groupe industriel et ses contractants.
 
Après la production, la transformation, reste la vente…
Et c’est là que le bât blesse. Mais il n’est pas encore question d’ajouter le commerce aux compétences du ministère de l’agriculture!
 
Et s’il n’est pas l’objet ici de relancer la guerre agriculteurs/transformateurs/vendeurs (qui pourrait être l’objet de nombreux articles), force est de constater que tout n’est pas clair à ce sujet. Espérons que le récent Observatoire des prix et des marges nous donne enfin plus d’information et de chiffres, plus de cette transparence très prisée en ce moment.
Publié dans Réactions | Tagué , , | Laisser un commentaire

Tombouctou la mystérieuse

La chaleur tombe un peu en ce début de soirée, fin de journée. Il a fait chaud, très chaud, sec, très sec. Nous sommes à Tombouctou, le 14 juillet, c’est un temps de saison sèche. Après une après-midi de torpeur à chercher le frais dans les rares bureaux climatisés ou à faire une sieste quasi-imposée par les conditions climatiques, on peut enfin s’aventurer à sortir dans les rues de la ville et respirer le semblant de fraicheur relative.

Les « expats » -expatriés-, surnommées par les habitants locaux les Toubabs, appellation qu’il reprennent eux-même bien volontiers, se réunissent et cherchent un peu de répit en se retrouvant « entre eux », en sirotant une bière ou un tonic.

Ceux de nationalité française se sentent unis par un soudain et bref « amour de la patrie », sentiment qui nait le plus souvent lorsqu’on se retrouve à des milliers de kilomètre de celle-ci. L’un avait dans ses valises une petite boite de foie-gras bon marché, un autre une boite d’asperges dans leur jus, un autre encore a réussi a dégoter du pain frais ne contenant pas trop de la « quatorzième épice », comprenez le sable, qui envahit doucement les rues de la villes quand souffle le vent du désert.

C’est un vrai festin à leurs yeux, qui permettra de fêter, symboliquement mais non moins dignement, la fête nationale de leur pays. On se retrouve dans le bar un peu « chic » de la ville, une fois n’est pas coutume. On se laisse un peu aller et on boit quelques verres, là encore, c’est un petit instant de repos et de « lâcher prise », entre deux missions de terrain, des voyages en 4×4 sur les pistes inconfortables, des repas mono-composés, toutes choses que l’on apprécie malgré l’inconfort, mais que l’on est content d’oublier quelques heures en goutant aux joies de la « ville ».

La nuit tombe doucement dans cette ambiance mi-festive, mi-confidence feutrée. Un des ami français se rappelle alors qu’il avait dégoté -on ne saura pas où- des vieux pétards encore en état de fonctionnement. A défaut de feu d’artifice près de la tour Eiffel, on aura une pétarade au bord des dunes. C’est le 14 juillet tout de même! On n’est jamais si heureux de retrouver les traditions tant rejetées sur le sol natal que lorsqu’on en est loin.

L’ami allume donc ses pétards: ils fument, il explosent, il brillent. Cela fait du bruit, un peu de lumière, il en faut peu pour faire rire le petit groupe de toubabs.

Quelques minutes après, panique dans la ville. Les portes claquent, des hommes se lèvent, s’inquiètent, des femmes crient. « Les revoilà, les revoilà! »

La petite plaisanterie des frenchies a fait renaitre la peur cachée mais non éteinte. Les habitants de Tombouctou ont peur des rebelles. Les rebelles Touaregs, ou Tamacheqs comme cela se dit la-bas.

Tombouctou, ville au porte du désert, spectatrice des luttes entre groupes ethniques, groupes sociaux, entre éleveurs nomades et cultivateurs sédentaires.

Groupes d’éleveurs impuissants face aux sécheresses à répétition, aux pertes massives de leur animaux -leur plus grand bien-, au bouleversement climatique, social et politique. Éleveurs qui ne savent comment réagir et trouvent la seule solution de la rébellion armée. Les habitants de Tombouctou s’en souviennent, s’en souviendront toujours.

Le lendemain, 15 juillet, toute la ville ne parle que de ça. Les français ont voulu faire croire que les rebelles étaient revenus. La peur s’estompe, les habitants restent partagés entre la peur et le sourire.

C’était en juillet 2002. Ce n’était qu’une mauvaise plaisanterie. En 2012, « ils » sont vraiment revenus. Je ne suis plus là-bas, mais ma pensée reste proche de ces habitants qui ont retrouvé la peur, et sûrement perdu leurs sourires.

Source de l’image: National Geographic

Edit post publication: pour en savoir un peu plus, une émission intéressante, même si n’abordant pas dans le détail les aspects agricoles, qui sont pourtant une des causes de ce conflit si complexe: http://www.franceinter.fr/emission-rendez-vous-avec-x-aqmi-au-sahel

Publié dans Choses vues | Tagué , , , | Laisser un commentaire

L’abattis-brûlis

Champ de riz en « abattis brûlis », au Laos.

C’est comme un voyage dans le temps. Pour l’agronome, c’est se retrouver dans le passé de quelques centaines, voire quelques milliers d’années. C’est un peu comme observer un fossile qui en fait vivrait encore. Une des méthodes ancestrales -et cette fois, ce mot galvaudé prend tout son sens- de production agricole. La naissance de l’agriculture qui se (re) vivrait devant nos yeux, en somme.

Photo: collection personnelle, non libre de droit.

Publié dans Photos commentées | Tagué , , , | Laisser un commentaire

Bruxelles s’intéresse aux petits exploitants et aux circuits courts

Lu dans AgraPresse récemment:

« La commission européenne examine actuellement l’utilité de labels pour les petites exploitations et circuits courts et pour les produits de montagne, a annoncé le 20 avril le commissaire européen Dacian Ciolos aux  journalistes, alors que se tenait le même jour à Bruxelles une conférence sur ces thèmes réunissant plus de 400 participants. »

Dacian Ciolos a donc fait un discours pour expliquer en quoi les circuits courts sont intéressant pour l’agriculture et l’économie européenne. L’Europe s’empresse donc de théoriser et de chercher à comprendre si cela peut « vraiment marcher ».  Commercialiser les  produits locaux: circuits courts et circuits longs.

Mais que sont exactement ces « circuits courts  » ?

Le concept plus ou moins flou est en voie de réappropriation et de définition précise. Car on peut en effet définir le « court » par un nombre réduit d’intermédiaires mais un aussi par une distance réduite entre le site de production et celui de consommation. L’un et l’autre pouvant être cumulé mais pas forcément.

On peut notamment dénombrer, en France et dans le monde, les plus connus. Depuis les teikei japonais, initiés dans les années 1960,  les globalement et « anglophonement » appelés « Community-Supported Agriculture » CSA (pour: Agriculture soutenue par la communauté) se développent maintenant rapidement.

En France, on dénombre notamment:

  • les Associations pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne AMAP, maintenant bien connues dans le petit monde des bobos citadins mais pas que ! Le principe repose sur une entente et un contrat passé entre un groupe de producteurs (maraichers, mais aussi boulangers, éleveurs, ou autres selon les cas) et un groupe de consommateurs. Les premiers s’engagent à fournir régulièrement des produits et à informer sur leur mode de production, les seconds à acheter en avance (payement mensualisé, le plus souvent) et à s’engager sur une période (selon les cas 3 mois, 6 mois, un an…).
  • le réseaux des Jardins de  Cocagne qui ont un concept légèrement différent car elles impliquent en plus une large part de « social ». En effet, les producteurs ne sont pas des agriculteurs à proprement parler, mais des personnes en voie de réinsertion, encadrés par une équipe de professionnels (agricoles ou non) et produisent sous label Agriculture Biologique exclusivement.

L’idée fait son chemin : GAS en Italie, GASAP en Belgique, jardins de Cocagne en Suisse (à ne pas confondre avec les français)…

A première vue, j’ai envie de dire « il était temps ! » Temps que Bruxelles reconnaisse l’existence de ces réseaux et leur valeur économique, sociale et… agricole ! Mais après réflexion, une « labellisation » du circuit court est-elle pertinente?

Les labels ont été créés -pour résumer- dans un contexte d’éloignement du consommateur et du producteur, pour donner à ceux-ci des informations sur le respect de règles de production par ceux-là. Règles censées apporter certaines caractéristiques sur les produits achetés (on dirait une certaine « qualité ») qui les démarquent d’autre produits « standards ». Un simple logo permet donc de résumer tout une série de règles appliquées.

Trop de labels ne va-t-il pas tuer le label ? (A venir un prochain article sur les labels !) Mais surtout, le succès du phénomène « circuit court » réside à mon avis dans le fait qu’il permet d’établir une relation de proximité entre les producteurs et les acheteurs, une discussion entre les personnes. L’échange d’information est donc permanent, sur le mode de production, les conditions climatiques qui ont abouti à tel ou tel résultat, la conjoncture économique qui entraine telles ou telle conséquences. Bref, un un « aller-retour d’information » rapide -pour ne pas dire instantané- entre les intéressés. Et pas seulement du producteur vers le consommateur ! Les consommateurs peuvent aussi dire ce qu’ils apprécient/n’apprécient pas et surtout expliquer pourquoi. Et trouver une réponse parfois immédiate, parfois plus longue, mais une réponse.

Ce qui est à opposer comparer avec le système classique de commercialisation, où les informations sur les produits se résument à des inscriptions sur des étiquettes, quand les consommateurs prennent le temps de les lire. Et le retour (on aime dire « feed-back » en anglais) vers le producteur se réduisant à la quantité vendue ou invendue, sans plus d’explication.

Labelliser les circuits courts me parait ainsi être un total non-sens. Et vous, qu’en pensez vous ?

Publié dans Explications, Réactions | Tagué , , , , , , , , | 4 commentaires