Humanitaire, faire le bien ou se faire du bien?

Un -presque- récent article me fait avoir un haut le cœur.

Il décrit le tourisme humanitaire, en Haïti, et décrit notamment comment des ONG, principalement issues de certaines églises américaines, se veulent faire de l’humanitaire alors que cela ressemble plus à du tourisme déguisé pour se donner bonne conscience. (Avec comme actions, notamment, des distributions de sucreries!)

Dickingson, membre de l'ONG Healing Haïti s'occupe d'une petite fille, le 17 janvier 2013 à Titanyen. 

Crédit photo : Corentin Fohlen

Vous pouvez voir l’ensemble de ses photos ici.

 

Cet état d’esprit, je l’avais pressenti lors de certaines missions, déjà. Il m’avait rebuté déjà, parfois même coupé l’envie de continuer.

Et le revoilà. Sous couvert de vouloir faire «le bien», certains veulent seulement «se faire du bien», se donner bonne conscience et avoir de belles photos à montrer au retour. Au retour à sa petite vie de riche, dans un pays de riches. Au retour à la consommation à outrance, au gâchis, aux dépenses. Au retour à l’exploitation  de l’environnement, des personnes, de la planète. Au retour du racisme et des jugements à l’emporte pièce.

Je les imagine, ces gens «biens», si heureux de raconter leur voyage, de parler de «ces gens-là» (tu comprends, ils pensent pas «comme nous»), de montrer leur selfies avec des pôvres-petits-enfants-noirs comme des trophées. «Mais non je suis pas raciste, enfin, je suis allé.e distribuer des bonbons à des « pauvres ».»

Oui, je suis dans le jugement et le dénigrement. Mais ce que j’imagine ci-dessus (et qu’on peut trouver exagéré), je lai vu, je l’ai entendu. Vu quand j’étais «là-bas», entendu à mes retours de missions.

Bien sûr qu’il est légitime de vouloir «faire le bien». Il n’y a évidemment aucun souci à se sentir touché par la détresse humaine, par la misère de nos frères et sœurs humains.

D’accord, tout le monde n’est pas Bac+18 en relations internationales et ne sait pas forcément qu’acheter son café le moins cher possible contribue à la misère des producteurs de l’autre bout du monde.

D’accord, tout le monde n’a pas une thèse ou un PhD en solidarité internationale pour faire la distinction entre le développement et l’humanitaire, et l’analyse comparée des atouts et faiblesse de l’un et de l’autre.

D’accord tout le monde n’a pas le budget de Bill et Melinda Gates pour faire des dons conséquents et construire des écoles, payer des enseignants, renforcer les capacités… D’accord.

Mais aller offrir des bonbons?! Des bonbons!!! A des gens qui n’ont parfois pas même une brosse à dent (alors ne parlons pas du dentifrice)…

Jusqu’où va l’empathie ? Où commence le sordide ?

Avoir des convictions, une foi, oui, certes. Dans quelle mesure celles-ci nous ferment-elles les yeux?

Certes, cet article est un peu dur et critique. Il fait écho à des souvenirs encore sensibles.

La route de l’enfer est décidément pavée de bonnes intentions…

 

Qu’en pensez-vous lectrices et lecteurs? Vous pouvez témoigner et réagir !

Publicités
Cet article a été publié dans Uncategorized. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour Humanitaire, faire le bien ou se faire du bien?

  1. « La route de l’enfer est décidément pavée de bonnes intentions… »
    La bonne intention est pour qui ?
    La question initiale est intéressante: pourquoi fait-on de l’humanitaire ?
    J’aurais tendance à dire pour soi en majeure partie… Alors les dérives…
    N’est-ce pas une forme de retour à ce qu’à une époque on appelait les zoo humains ?

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s