Produire de la viande de boeuf couterait cher à l’environnement ? Entre amalgame et simplification outrancières…

Ce blog est en lonnngue jachère pour cause de manque de temps, d’envie, d’énergie… Mais un récent article du Monde a fait ressortir ma fureur et le besoin d’écrire!

Le voici. Le bœuf, une source de protéine qui coute cher à l’environnement.

J’ai failli m’étrangler rien qu’un lisant le titre, la suite de l’article ne vaut pas mieux.

Séance de décryptage.

Le titre: dire « le bœuf » comme s’il n’y avait qu’une et une seule manière de produire de la viande de bœuf dans le monde est déjà une grossière simplification. A ce niveau là ce n’est plus de la simplification, c’est de l’ignorance, tout simplement.

Il existe de nombreuses manières d’élever des animaux dans la monde, on appelle cela les systèmes de productions. Pour faire simple (sans être faux!), pensez aux élevages dans les grandes plaines argentines, avec des animaux en semi-liberté qui paissent et broutent de l’HERBE; plus près de chez nous, en France, aux animaux élevés dans des prairies (de l’herbe!), complémentés en céréales et protéines, certes, mais complémentés seulement, et à certains élevages européens ou américains, avec des animaux en stabulation permanente (=enfermés dans une étable 365j/365), qui ne voient jamais le jour et ne se nourrissent que d’ensilage de maïs, de concentrés, de soja, et parfois de foin. Rien que ces exemples montrent la différence de traitement des animaux, et la différence de coûts économique et environnemental des systèmes, et les différences sur la qualité de la viande (en terme gustatif, de tenue à la cuisson, de bénéfices pour la santé humaine, etc).

l'impact environnemental de ce troupeau n'est pas tout à fait le même que celui d'une stabulation aux États-Unis...

l’impact environnemental de ce troupeau n’est pas tout à fait le même que celui d’une stabulation aux États-Unis…

Premier paragraphe:
« La production de viande de bœuf« : cf ce que je viens de dire, il n’y a pas qu’une seule manière de produire du bœuf !
« induit un coût environnemental bien plus élevé que celle de la volaille, du porc ou de toute autre source de protéines animales. » C’est faux et archi-faux, et là encore, il existe différentes manières de produire de la volaille ou du porc. Une majorité de ces systèmes là sont hors-sol, c’est-à-dire qu’ils n’ont presque plus de rapport avec ce qui est produit sur la ferme, et sont nourris avec des aliments achetés (et à grands renforts de médicaments et autres anitbiotiques). Les animaux sont entassés dans des espaces limités, avec une lumière artificielle, et ont très peu d’espace. Mais là aussi, il existe des systèmes moins intensifs (Labels rouge, signe d’origine et de qualité, agriculteurs qui, sans être certifiés, s’occupent de leurs animaux avec respect), donc ne pas tout mettre dans le même panier!

Stabulation

Les vaches sont ici en stabulation provisoire (et mangent du foin). Je vous laisse imaginer quand elles y sont toutes l’année.

« C’est ce que révèle une étude publiée lundi 21 juillet aux États-Unis dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS). » Aaaaaaaaaaaah on y vient, donc en fait, on nous parle d’un système de production américain, des États-Unis d’Amérique. Non, je dois être précise moi aussi, on ne sait pas de quel système de production on parle, mais en tout cas, c’est publié dans une revue américaine.

Voyons la suite.

« Pour élever un bœuf, un agriculteur a besoin d’une surface 28 fois plus étendue que pour produire des œufs ou de la viande de volaille.(…) » Bon, je ne vais pas citer tout le paragraphe, vous avez compris, on ne sait toujours pas de quel système de production on parle, on ne sais pas où, quand, comment. Donc comment comparer, et à quoi ? Mystère.
Les auteurs de l’étude sont cités, mais pas leur sujet d’étude ! Sur quelles données se sont-ils basé ? On ne sait pas.

« Les vaches émettent par ailleurs d’importantes quantités de méthane, un gaz à effet de serre bien plus important que le dioxyde de carbone. (…) »
Ahhhh le mythe de la vache qui pète et qui pollue ! Je l’attendais bien sûr. Révélation: oui, les vaches pètent ! Nous aussi, humains, d’ailleurs. Mais autre révélation: la quantité de gaz qu’elles émettent dépend en grande partie de ce qu’elles ont mangé. Nourrie à l’ensilage de maïs et au soja ou à l’herbe et au foin, cela ne revient pas au même (et cela dépend aussi de la composition de l’herbe mais je fais simple).

« Animaux plus grands, les vaches demandent en outre à être nourries plus longtemps pour atteindre le bon poids de viande. »
Encore une fois, c’est simplifié à outrance! le bon poids de viande: il n’y a pas UN bon poids de viande! Il y a un poids et une qualité (d’engraissement, de conformation…) de la viande, qui dépend de ce qu’on donne à manger à l’animal (plutôt herbe = celullose ou plutôt des protéines), de la race de l’animal, et de ce qu’il fait: si c’est une vache gestante (qui attend un veau), un mâle, une vache allaitante…

« Et l’azote, émis par le fumier, est une source majeure de pollution des cours d’eaux, qui entraîne la formation de « zones mortes », complètement dénuées d’oxygène. »
Je meurs, je n’arrive plus à livre, mes yeux saignent. L’azote du fumier est un des plus intéressant qui soit, agronomiquement ! Le fumier est composé des déjections des vaches avec de la paille. Ce n’est pas les déjections seules. Les réactions chimiques ne sont pas les mêmes. Et le fumier épandu correctement dans les champs est un engrais TRÈS intéressant. Vous êtes au courant que (tous) beaucoup de cultivateurs ajoutent de l’azote dans leurs cultures? On peut le mettre soit sous forme minérale (engrais chimique) soit sous forme organique. Cette deuxième option est beaucoup plus intéressante agronomiquement et écologiquement parlant. Surtout quand on a un SYSTÈME de production, avec plusieurs productions: des animaux, des cultures… Les vaches mangent de l’herbe et des céréales, qui sont cultivés avec le fumier produit. Une banalité, un peu oubliée certes.
J’aimerais bien savoir où les auteurs ont vu des « zones mortes », et quelles en étaient la(les) cause(s). C’est sûr que si on considère une étable de 1000 vaches et qu’on étende le lisier (y a t-il encore de la paille dans ces usines?) sur 100 m², on risque d’avoir des problèmes. Tout est dans la mesure…

« (…) les auteurs rappel[e]nt que la viande de bœuf compte pour 7 % de l’ensemble des calories consommées par les Américains » Un petit indice qui nous laisse bien, cette fois, comprendre qu’on parle de nos amis « Américains » (du nord je suppose), mais là bas, il existe différents systèmes de productions.

« « Un repas de 500 grammes de bœuf entraîne plus de gaz à effet de serre que la combustion de 3,8 litres d’essence » »
De beaux calculs et de belles comparaisons très imagées, mais qui ne reposent sur rien: 500g de bœuf produit où, mangé où, abattu où ? Et quelle partie due bœuf: de l’entrecôte ou du steak haché ? Le coût environnemental n’est pas le même! Ce n’est pas la même chose si c’est un éleveur Peul qui mange un morceau d’une de ses vaches (s’il la mange parce qu’il vaut mieux qu’il la vende pour acheter autre chose mais bref) ou un Européen qui mange du rôti venu à grands frais d’Argentine !

« Des représentants de la filière bovine américaine se sont élevés contre la méthode utilisée. « L’étude parue dans les PNAS est une simplification grossière du système complexe qu’est la chaîne de production de bœuf » »
Je suis d’accord, c’est trop simplifié, mais pas qu’à propos de la chaine de production du bœuf !

« s’est indigné Chase Adams, porte-parole de l’Association américaine des éleveurs bovins. « La filière bovine américaine a grandement réduit son impact environnemental ces dernières années et elle émet aujourd’hui moins de gaz à effet de serre que celle de n’importe quel autre pays », a-t-il affirmé. » On comprend enfin, quand on a réussi à lire jusqu’au bout, que l’on parlait des systèmes de productions américains. Mais on aimerait quand même plus de détails, car là aussi, les systèmes sont divers. Et il serai bon de le rappeler au début de l’article.
N’en déplaise à ce monsieur Adams, je doute que « n’importe quel autre pays » ait un impact environnemental aussi élevé que celui des systèmes industriels des États-Unis. IL suffit de comparer avec des systèmes herbagers en Europe ou des systèmes transhumant/nomades en Afrique de l’Ouest, par exemple.

Voila pour aujourd’hui, je reviendrai sans doute avec des articles plus étayés et des liens sur des études pour étoffer mes propos.

Il n’est pas interdit de réagir, et à mon article, et à celui du Monde. Suis-je trop pointilleuse?

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5 commentaires pour Produire de la viande de boeuf couterait cher à l’environnement ? Entre amalgame et simplification outrancières…

  1. Non, tu sais juste de quoi tu parles, contrairement -semble-t-il- au journaliste.
    Je ne lis même plus ce genre d’article…
    Le dernier dont le titre m’a fait rire: « Les fruits et légumes bio, plus riches en antioxydants. » Je vais pas épiloguer, mais quand on aura compris que nos systèmes sont d’une complexité effroyable que qu’il n’y a pas une vérité mais des réalités on verra plus clair…

    • Ah oui, je l’ai vu passer aussi celui sur les produits bio. Je n’ai pas eu le cœur de réagir, mais là, c’était trop gros !
      (Je regrette presque d’avoir arrêté mon abonnement au Monde, car du coup, je ne peux plus commenter !)

  2. Ping : NON le véganisme n’est pas écologique! (plaidoyer pour l’agroécologie) | IngenieurAgroenoble

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