Saucisson de cheval

Tout a été dit ou presque sur cette affaire.
Comment en parler de manière originale? Je ne sais pas.
Simplement, rappeler quelques faits, parfois, souvent simplifiés, modifiés, déformés, par un déferlement médiatique.

Posons d’abord les bases. Cette histoire est une histoire de fraude. De tromperie. D’arnaque. D’entourloupe. De tricherie.
Mais ce n’est PAS un scandale sanitaire. A ce jour, personne n’est mort (si ce n’est des vaches et des chevaux), personne n’est empoisonné, personne n’est malade.

Il y a quelques doutes, comme l’évoque Fabrice Nicolino dans cet article, mais le point de vue d’un vétérinaire vient le contre-balancer.

Donc en parler, oui, mais faire peur, non.

Aujourd’hui, les stocks de produits préparés à base de viande de boeuf s’accumulent dans les supermarchés, cette nourriture risque d’être détruite, même les associations qui oeuvrent pour les plus démunis disent que leurs bénéficiaires n’en « veulent pas ». Des gens ont faim et ont peur de manger. De manger un produit, qui, maintenant que l’on sait ce qu’il contient, est tout à fait consommable! Premier scandale, à mes yeux.

Cette affaire aura tout de même eu le mérite de faire prendre conscience, ou simplement connaissance, à nos concitoyens de « l’univers impitoyable » du monde de l’agro-alimentaire, et du commerce en général. Car qu’il s’agisse de nourriture, de tournevis, de rouleaux à pâtisserie, de téléphones ou de petites voitures, c’est d’abord du commerce. Et le commerce n’est ni moral, ni sentimental, il est. Aves ses règles, ses usages… et ses fraudeurs.

La première phrase de la première heure de mon premier cours d’économie était: «le but de l’entreprise est de faire du profit». Prononcée et écrite en lettres blanches par le professeur. Je m’en souviens comme si cétait hier. Hier est devenu lointain (vous l’aurez compris si vous avez deviné que les lettres blanches étaient écrites à la craie…), mais cela n’a pas changé et ne changera pas. Tous les arguments de transparence, d’équité, de bons sentiments affichés sont des outils, comme des autres, pour atteindre le même but: faire du profit.

Il m’apparait donc difficile de vouloir reprocher à une entreprise de faire ce pour quoi elle a été créée. Mais comme nous sommes dans un monde civilisé -il paraît- la société et les gouvernements successifs introduisent des règles, toujours plus nombreuses, afin d’éviter que ces profits ne se fassent au détriment de certains. Et comme dans tout univers avec des lois, il y aura des personnes qui chercheront à les contourner. Un grand jeu de chats et de souris, en somme.

Les problèmes apparaissent quand le manque de respect de ces lois portent atteinte à des valeurs que nous jugeont cruciales: la santé, par exemple. Voire la vie elle-même. Et tout le monde de s’offusquer. Mais, je le répète, pour l’instant, personne n’est malade. Quelqu’un aurait-il pu le devenir? L’Histoire jugera.

J’aimerais tout de même apporter une autre vision à cette affaire.
Car, QUI achète ces produits? QUI les mange?
Des consommateurs.

Il est peut-être temps de partir du principe que les consommateurs choississent d’acheter tel ou tel produit. Influencés certes par la publicité, le marketing, etc. Mais ils choisissent. On n’a encore vu personne nous mettre un pistolet sur la tempe pour nous dire d’acheter la lasagne Bidule plutôt que les canellonis Chose, ni la boite de raviolis Truc plutôt qu’une tranche de rôti ou une botte de poireaux.
Et pourquoi les rayons de plats prêt-à-l’emploi, « prêts à manger » même, fleurissent-ils dans les supermarches, qui eux-mêmes ne cessent de s’agrandir et de se multiplier? Parce que des gens achètent. Je n’ai pas encore trouvé mieux que cette phrase de Coluche pour résumer le marché: « quand on pense qu’il suffirait que les gens n’achètent pas pour que cela ne se vende pas!« .

Lors de discussions de grands esprits sur les problèmatiques agricoles, les prix sont souvent, toujours! évoqués. Il est classique de voir les agriculteurs accuser la grande distribution de « casser les prix », et la grande distribution se réfugier alors derrière l’argument « mais c’est le marché qui veut ça ». Le « Marché » [tiens, salut Marché, comment ça va aujourdhui, la forme?] veut quoi ? des prix moins chers?
Des prix toujours moins chers.

Mais à quel prix, si je peux me permettre?
« Rien de tel que les prix pour ne rien comprendre à l’économie ». Autre citation d’un de mes professeurs, d’agronomie cette fois.
Car oui, sans rentrer dans des détails longs et complexes, « LE » prix est un indice difficile à définir et qui recouvre tellement de composantes. Le prix au kilo? le prix à la portion?
Et pour quel produit: un produit que je dois ensuite laver, éplucher, découper, faire cuire, ou que je mettrai dans un four micro-ondes pour le manger 5 min après? Dans ce cas, il y a un produit ET service en plus, donc le prix du produit n’est plus le même.

Et ces consommateurs, alors? Ils croient qu’un plat contenant de la viande de boeuf, des légumes, de la sauce et des pates couterait moins cher qu’un steak acheté chez le boucher? Oui, ils le croient, puisqu’ils le voient. Mais l’ont-ils demandé? Si on me met sous les yeux deux produits identiques, il y a fort à parier que je choisirais le moins cher. Et ce, quelque soit mon pouvoir d’achat. Reste à savoir si ces deux produits sont vraiments identiques…
La viande de boeuf -et tous les autres ingrédients- utilisée dans des plats préparés n’est pas « la même » que celle qu l’on achète en rayon boucherie.
Je ne ferai pas ici un exposé sur la filière viande, filière complexe s’il en est, au point que le grand Philippe Chalmin s’y est, non pas cassé les dents -il en faudrait plus- mais bien creusé le cerveau pour savoir comment l’aborder et la présenter.

Des articles, des émissions, des interviews se font jour pour en parler au « grand public », le terme de minerai sort enfin du sérail… Une filière agricole parmi d’autres, avec ses pratiques, ses règles, ses contrôles. Des pratiques de groupes industriels qui n’ont plus beaucoup de lien avec leur base, l’agriculture. Il est difficile de reprocher la complexification d’un système, qui est le fruit d’une longue évolution s’inscrivant dnas celle de la société toute entière.

Mon propos est ici de remettre au centre du débat le consommateur, et ses choix. Changement de vie, de société, « plus le temps » de cuisiner… Aura-t-on, prendra-t-on encore celui de manger?! Bien sûr, tout le monde n’a pas le temps de préparer des lasagnes. Ni d’autres plats plus élaborés. Mais qui nous « impose » de manger de tels plats quand on n’a pas le temps de les faire? Personne, si ce n’est une envie, un désir. Cette envie ne peut-elle être remplacée par un plat plus simple, moins long à préparer, mais tout aussi nutritif? A chacun de décider.
Car entre des lasagnes toutes prêtes au goût plus que douteux (puisque personne n’a remarqué la différence de viande en goutant le produit! ou n’est venu s’en plaindre) réchauffées en 10 minutes et une assiette de pâtes avec un steak haché et une sauce tomate, préparés eux en, allez, 15 voire 20 minutes, quelle est la différence? 10 min de préparation. 10 minutes supplémentaires d’achat, si l’on doit faire la queue au rayon boucherie, peut-être. De précieuses minutes, certes.
Mais quelle est la différence de produit? Énorme. Le steak que vous aurez acheté ne provient pas de la même bête, n’aura pas été travaillé de la même manière. n’aura pas le même gout, ni la même valeur nutritive. Vous avez la possibilité de vous renseigner mieux sur sa provenance.
Loin, très loin de moi l’idée de donner des leçons. Nous menons la vie que nous pouvons, avec nos propres contraintes. Mais il est peut-être temps de replacer les responsabilités à leur place. Si nous choississons d’acheter de la « junk food », de la « malbouffe » (et toutes les raisons sont recevables: on n’a « pas le temps », ou on aime ça, c’est possible aussi !) nous devons en être conscients, et ne pas s’attendre non plus à y trouver des produits de luxe.

Certes, tout le monde ne peut connaitre le circuit commercial ni les procédés de fabrication des aliments industriels, ni même des aliments tout courts. Certes, tout le monde ne peut connaitre tout. Il n’est pas interdit de se renseigner, encore moins de réfléchir. C’est long, c’est fatiguant.

A chacun de faire ses choix, mais en tout état de cause, il est préférable de ne pas accuser sans cesse un « autre », responsable de tous nos maux.

Citoyens, réveillez vos consciences!

(mon très modeste dernier hommage à Stéphane Hessel!)

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2 commentaires pour Saucisson de cheval

  1. Sébastien dit :

    Pour une fois je vais me porter en faux: généralisation abusive ! Il reste quelques irréductibles gaulois qui sont toujours fidèle à leur boucher, fromager… sans pour autant boycotter les supermarchés. On y achète pas la même chose. Acheter un plat préparer, le plus souvent chez mon poissonnier… Bon si j’admet qu’il m’arrive de prendre un plat congelé c’est en sachant que le contenu offre des surprise… mais pas toujours le temps. Consommation: 1 à 2 fois par mois.
    Pour revenir au « scandale », je mange régulièrement du cheval -de supermarché car il est presque impossible de trouver un chevalin [à Bruxelles] et j’ai encore une santé de cheval 🙂
    Bref, un ramdam pour dire ce que l’on pouvait deviner…
    Pour conclure sur une note semblable, sans avoir la citation exacte, s’indigner c’est la première étape, agir la seconde sans laquelle la première est vaine.

    • Je ne trouve pas que tu t’inscrives en faux! La généralisation est -malheureusement- nécessaire, un peu abusive, j’en conviens, mais le succès des super/hypermarchés et de la nourriture industrielle est bien dû au comportement de la majorité de la population. Il va de soi qu’il existe et existera des « irréductibles gaulois », dont je pense faire partie, même si parfois je rentre dans le système (et comme je l’ai précisé, quand on le fait, on le fait en sachant à peu près à quoi s’attendre!).
      En dehors de certains comportements « à la marge », des mouvements se font jour, et qui prennent de l’ampleur. Ainsi, tous les systèmes dit de « circuits courts » -qu’il convient plutôt d’appeler « circuits de proximité »- du style AMAP (cf un précédent article). Une prise de conscience existe, mais elle n’est pas encore majoritaire ni généralisée.
      Cependant, elle fait son chemin, et fait -doucement, tout doucement- changer un peu les choses. Même les supermarchés se mettent au bio et au local, avec toutes les dérives que cela peut comporter, mais je suis de ceux qui pensent c’est un bon début.

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