Olivier de Schutter, l’homme à suivre

Le blog est un peu délaissé ces temps-ci, pour cause d’emploi du temps surchargé. Il faut du temps pour écrire des articles documentés, temps qu’il m’est difficile de trouver.

Je souhaite tout de même partager cette interview de Olivier de Schutter. C’est incroyable comme il expose exactement ce à quoi je crois.

Il tort le cou au passage à quelques idées trop généralement admises:

· l’agroécologie, c’est « traditionnel », c’est un retour à l’agriculture de nos aïeux: FAUX, c’est une science moderne et d’avenir.

· pas d’avenir sans de hautes doses de pesticides et d’intrants chimiques: FAUX, à l’avenir, ces intrants seront de moins en moins accessibles et de plus en plus chers. Et en améliorant nos connaissances sur les fonctionnement des écosystèmes, nous pouvont apprendre à en utiliser le mons possible (cf agroécologie).

· Il faut favoriser les zones à plus fortes productions, quitte à ce que les pays à plus faibles rendements importent leur nourriture. FAUX ! C’est rendre ces pays encore plus dépendant, dans des contextes politiques fluctuants, et c’est se priver de nombre de terres cultivables. Nous sommes encore influencés par la théorie des avantages comparatifs de Ricardo, sans comprendre qu’il avait pris deux exemples non comparables (du vin et des draps, qui ne demande pas les mêmes qulifications, donc pas la même valeur du travail) et des hypothèses irréalistes (valeur de travail égales entre les pays, conccurence pure et parfaite, immobilisation des facteurs de production…).

· il ne confond pas la souveraineté alimentaire avec l’autarcie. En effet, la recherche de la souveraineté alimentaire devrait être le but de tout État souverain, sauf rares exceptions. Cela tout autant pour des enjeux de paix intérieure que de stabilité politique mondiale. Ce qui n’exclue en AUCUN CAS les échanges avec les autres pays ! Mais être complétement dépendant d’autres pays et des fluctuations des cours pour assurer la nourriture d’un peuple est un rosque accrue de crises.

· au passage, il a compris que des barrières tarifaires sont nécessaires pour les pays encore peu productifs pour relancer leur production vivrière interne. Je rajoute, au passage, que c’est ce qu’a fait l’Europe avec la PAC à l’après-guerre, et qui lui a permis de devenir exportatrice de production agricole en moins de 20 ans, après une guerre dévastatrice. Mais beaucoup d’économistes ont tendance à l’oublier (ou pensent que maintenant que nous sommes riches, tant pis pour les autres!). Ce qui rejoins mon « coup de colère » contre un article critiquant la politique thaïlandaise sur le prix du riz.

Il semble dire que Pascal Lamy (actuel directeur général de l’Organisation Mondiale du Commerce et connu -jusqu’à présent- comme fervent défenseur d’un libéralisme débridé) serait en train de changer d’opinion à ce sujet. Que ne donnerais-je pour le croire.

Ces messages devraient faire le tour du monde! Qu’en pensez-vous?

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5 commentaires pour Olivier de Schutter, l’homme à suivre

  1. J’ai du mal à comprendre en quoi un juriste de haut niveau est utile pour évaluer des questions d’ordre agronomique et économique. L’agroécologie est une arnaque linguistique. L’agronomie est fondamentalement écologique. Toutes ses composantes intègrent systématiquement l’écosystème. Que seraient la phytopathologie, la pédologie ou la malherbologie sans prendre en compte la composante «environnement» ?

    Pour une critique plus complète du rapport: http://imposteurs.over-blog.com/article-de-schutter-l-agroecologie-et-l-imposture-politique-et-mediatique-par-wackes-seppi-80320617.html

    • Il se trouve que ce juriste a, à mes yeux, bien compris l’agriculture et ses enjeux économiques et sociaux à l’échelle mondiale. Malheureusement, il y a beaucoup trop de juristes et pas assez d’agronomes dans les grandes instances ONUsiennes et Commission européenne. Des juristes qui schématisent à outrance, mettent à leur sauce voire ignorent carrément les bases de l’agronomie.
      Alors oui, le terme agroécologie peut être critiqué, et oui, pour moi, c’est de l’agronomie pure et simple. Mais il faut tout de même distinguer différents niveaux de compréhension de l’agronomie, et prendre en compte certaines dérives chimico-industrielles actuelles (avec idéologie à la clef, des deux cotés). Je ne dis pas pour autant qu’il faut idéaliser, mais ce concept, si mal éclairé soit-il, me paraît un bon compromis entre le tout bio où l’on s’interdit tout produit chimique (ou presque…) et le tout chimique. D’autres concepts tels que l’AEI apparaissent également… Preuve que l’on cherche aujourd’hui à mieux prendre en compte l’écologie au sens premier du terme (lui aussi, trop dévoyé aujourd’hui pour être utilisé). Malheureusement, on a besoin de mettre des cases et des mots sur les cases, mais la réalité est un peu plus complexe…

      • Oui mais à force de trop conceptualiser tout en dénigrant l’utilité du marché et des progrès issus de la R ET D de l’industrie on risque de déraper. Il n’y a pas de solution miracle en agroéconomie. Le libre échange ou la fermeture des frontières sont 2 solutions avec leurs problématiques. À trop vouloir gérer l’offre des produits agricoles, on a fini par faire payer la population en offrant aux producteurs un «juste» prix. De plus ces derniers, sachant que leurs coûts de production seront couverts seront moins efficaces et contracteront des dettes (les banques vont adorer, surtout quand les actifs des fermes prendront de la valeur). Sans oublier les quotas de productions, leurs répartitions, leurs prix exorbitants, etc. Quand on regarde ce qu’il se passe en Amérique du Nord, on constate que les provinces canadiennes sous gestions de l’offre (donc avec barrières à l’importation) sont vraiment plus endettées que leurs voisins américains.

  2. Sébastien dit :

    Prix, coût, rentabilité…
    Fait-on encore de l’agro ou de l’économie ?

    • Malheureusement, l’économie prend le contrôle de tous les secteurs… Même quand il s’agit de nourrir le monde (ou de le soigner aussi : autre débat passionant).
      SI je déplore la trop grande place accordée au calcul de rentabilité dans certains cas, il n’en faut pas moins comprendre que l’on ne peut raisonner agronomiquement sans penser économiquement ; macro- ou micro- économie selon les cas. Que ce soit un « petit producteur » qui doit se soucier tout simplement de savoir s’il pourra manger/acheter des intrants/des produits de base/etc ou d’un grand financier qui veut savoir où investir… On ne peut faire les mêmes choix agronomiques selon les situations économiques (et sociales).

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