Avec ou sans lait ? (2/2)

Des enfants conduisant les buffles, Viêt Nâm (photo personnelle)

Ainsi, au contraire, dans de nombreuses sociétés basées sur un système d’élevage, le lait est un élément indispensable, permettant de pallier à la pénurie -provisoire ou permanente- d’autres aliments ou faisant partie intégrante du régime alimentaire.

Dans les belles et grasses prairies normandes, les vaches ont pu produire du lait en abondance, dont une partie a pu être prélevée par les humains pour leur propre nourriture, en plus de celles des veaux.

Dans les régions prédésertiques du Sahara, les différentes peuples nomades, Touaregs, Peuls ont basé leur système de vie sur le rythme de la saison des pluies. Ainsi, ces étendues qui semblent désertiques au premier coup d’œil, en saison sèche, se couvrent d’herbe sitôt les première pluies tombées (les herbes locales ont une croissance adaptées au climat et peuvent pousser en 3 jours). On est ainsi surpris de découvrir des prairies étonnamment vertes dès lors que la saison des pluies commence. Sitôt la première pluie, il suffit de quelques jours (moins d’une semaine!) pour ces étendues sableuses ressemblent à des prairies normandes! Dès lors, les animaux -vaches et zébus- peuvent pâturer et fournir du lait en quantité. Les hommes transhument alors aussi loin qu’ils peuvent aller pour profiter au maximum des ces richesses herbagères denses mais furtives. Pendant environ trois mois, ils se nourriront du lait de leurs vaches -frais ou caillé-, avec les quelques céréales qu’ils ont gardé de la dernière récolte ou acheté préalablement avec la vente de quelques animaux. Peu de légumes et de viande pour agrémenter ces menus; c’était le régime des trois mois d’hivernage des sociétés « traditionnelles » des plaines sub-sahariennes. Le lait apportait ainsi les protéines et nutriments nécessaires et complémentaires aux céréales permettant la survie de ces sociétés. On comprend qu’il soit considéré comme un aliment de choix!

Plus près de nous géographiquement, en France, dans les hautes et moyennes montagnes (Alpes, Pyrénées, Jura…), des déplacements plus ou moins similaires -même si de moindre ampleur- ont existé. Pendant l’été, les bergers profitaient de l’accessibilité des prairies découvertes de leur neige pour faire pâturer les troupeaux de brebis ou de vaches, profitant ainsi de nourriture de choix et à moindre coût pour leurs animaux. Les bergers partaient en estive ou en transhumance -quelles soient les appellations locales- et vivaient plusieurs semaines avec leur animaux, se sustentant frugalement. Rassasiées des herbes des alpages, et ayant récemment mis-bas, les femelles produisaient du lait en abondance, que l’imagination et la technique des bergers ont su transformer en fromages divers et variés afin de ne pas perdre le précieux liquide. Dans des temps reculés où un retour au village prenaient plusieurs jours, ils se nourrissaient de ces fromages, leur protéines et leur graisse enjolivant quelque peu les provisions frugales emmenées dans les musettes. C’est ainsi, en partie, qu’est née la si riche diversité fromagère dont s’enorgueillit la France!

Il faut bien comprendre, en effet, que le lait permet d’obtenir des produits dérivés d’animaux sans que l’on ait à détruire la source ! De même que les œufs, par exemple, ou la laine pour un aspect autre qu’alimentaire. Ainsi bovins, ovins et caprins -principalement- représentent un capital pour une exploitation agricole. Ce sont des « réserves », des ressources que l’on doit nourrir mais qui pourront être vendues en cas de coup dur, de difficultés provisoire ou de besoin d’argent rapide. Les animaux sont monnaie d’échange pour acheter d’autres produits de base ou satisfaire des besoins non alimentaires. Les produits de ces animaux sont donc précieux car ils permettent un apport nutritionnel sans entamer ce capital précieux (des dividendes, en quelque sorte!).

Le lait- a fortiori directement sorti du pis- possède des qualités nutritives exceptionnelles. Cet aliment est en effet destiné à nourrir un être naissant, faible et sans réserve. Il est à la fois riche en graisses et en anticorps. S’il est adapté, car destiné, en premier lieu au petit de l’espèce qui le produit, il n’en reste pas moins un élément nutritionnel de choix dans l’histoire de l’humanité, que l’être humain a valorisé en même temps qu’il a domestiqué l’animal.

Ce point de vue de l’agronome ne doit pas faire oublier celui du diététicien ou du médecin, et tous les commentaires apportant des éléments sur les bienfaits ou les méfaits de cet aliment sont les bienvenus.

Ce long exposé se voulait rétablir quelques faits (qui peuvent être largement plus détaillés) pour tenter de trouver un équilibre entre dénigrement et encensement d’un aliment précieux qui a contribué à la construction de certaines sociétés, mais dont d’autres ont bien pu se passer.

Et vous, qu’en pensez-vous ?

Post-publication: voici des études présentant différents arguments.

Une très fouillée et intéressante qui démontent les arguments contre la consommation de lait: Propagandes mensongères contre les produits laitiers

Un article sur le calcium du lait Le calcium du lait est bon pour l’os : une vérité qui dérange !  sur lequel j’émets beaucoup de réserves. L’affirmation « une vérité bien établie et universellement acceptée » ne me paraissant pas très scientifique, pas plus que les « il est bien connu… ». Il apporte certains arguments par ailleurs, même s’il reste très européo- et même franco- centré!

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Un commentaire pour Avec ou sans lait ? (2/2)

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