Avec ou sans lait ? (1/2)

Vaches normandes sur prairie normande…

    Il apparait de plus en plus fréquemment, dans différents blogs, revues, livres ou articles, des positions dénigrant le lait de vache et ses dérivés, positions souvent virulentes, parfois désabusées, souvent étonnantes.

Cet aliment serait la cause de tant de maux, d’allergies, de mal-être humain et animal. «Le lait c’est pour le veau» peut-on voir écrit. Assiste-t-on à une «campagne de dénigrement» du lait de vache? Il est vrai que le nombre d’allergies ou d’intolérance au lactose augmente (ou bien est-ce l’information qui augmente, car on ne s’en préoccupait pas auparavant?)
Constat que l’on peut mettre en relation avec les campagnes officielles diffusées par les pouvoirs publics, elles-mêmes renforcées par des entreprises privées, frôlant ainsi le matraquage publicitaire, depuis les «trois produits laitiers par jour» au «yaourt doublement enrichi en calcium» et autres «il y a plus de lait et moins de chocolat».

Petit rappel historique

En France, après la seconde guerre mondiale, tout était à reconstruire, l’économie à relancer, la terre à réveiller. La Politique agricole commune (PAC) a été instaurée pour aider les agriculteurs à produire plus, toujours plus. Et cela a très bien fonctionné. Un peu trop même, si bien qu’on en est rapidement venu à des «problèmes» de surproduction. La production a permit le développement de la transformation, et la naissance des industries agro-alimentaires. Elles ont surfé sur la vague et inventé de nombreux produits à base de lait: il y a eu le lait en poudre -envoyé dans de nombreux pays d’Afrique, où il a bien plombé l’économie africaine et la santé des Africains-, la création de préparation pour nourrissons -que les mamans doivent bien connaitre, même si elle ne les utilisent pas car on leur en a rebattu les oreilles, la création de nombreux nouveaux produits, depuis les fromages, les spécialités fromagères (joli nom pour désigner Vache-qui-rit et autre Babybel), les apéritifs tout prêts et tout la gamme toujours grandissante de «l’ultra-frais». Ceci accompagné de force publicité pour vendre ces merveilleux produits et permettre aux patrons des industries agro-alimentaires (IAA) de prospérer.

Dans le même temps, les scientifiques ont également travaillé sur la sélection des vaches laitières, afin qu’elles produisent plus. En modifiant leur alimentation (ensilage, tourteau de soja, granulés…) et, pour certains modes d’élevage, en ne sortant jamais les animaux pour pâturer: élevages de type «hors sol» c’est-à-dire n’ayant aucun lien entre le nombre d’animaux élevés et la surface nécessaire pour les nourrir.
Une certaine qualité du lait s’est ainsi perdue, celle de la variété des protéines, des acides gras et des bactéries, mais la qualité «sanitaire» a augmenté, ainsi que l’homogénéité du produit. Un lait produit en Franche-Comté pouvait avoir le même gout que celui produit en Bretagne et les mêmes caractéristiques physico-chimiques. D’autres éléments du lait se perdent aussi avec la pasteurisation et la stérilisation, mais la sécurité sanitaire et la période de conservation augmentent.

Résultat, ce qu’on appelle aujourd’hui «lait de vache» et qu’on retrouve dans les briques UHT, les préparations fromagères et touts les aliments nécessitant du lait ou ses dérivés est bien loin du lait qu’une vache pouvait produire il y a 50 ans.

« Bien » ou « mal » ? Loin de moi l’idée de dire que «c’était mieux avant» mais c’est une constatation: le lait d’aujourd’hui est différent. Certains individus le digèrent, d’autres moins bien, voire pas du tout.

Pour résumer un peu simplement, sous couvert d’arguments-santé, avec la protection rassurante du discours d’un médecin ou professionnel de santé, les publicités essayent de convaincre que le lait et les produits laitiers sont indispensables à la santé. C’est totalement faux ou pour le moins très inexact.
En tout cas, pour des adultes, dans nos sociétés occidentales et dans le cadre d’une alimentation équilibrée. Le fameux calcium du lait est mal assimilable pour de nombreux humains et on en trouve dans beaucoup d’autres produits, végétaux notamment, et dans l’eau.

Adaptation des hommes à ce qu’ils produisent ou adaptation des produits aux hommes ? C’est une question qui mérite d’être posée. Et c’est sur ce point que je voudrais insister, avec le regard totalement inflencé par une vision agronomique des choses, vision que je revendique et qui est un des buts de la création de ce blog.

Il faut ainsi considérer quelque peu l’histoire de l’humanité… Et bien comprendre qu’au départ, l’être humain mange ce qu’il trouve à sa disposition. Et s’il tente de modifier son milieu pour produire au mieux ce qui lui est nécessaire, il ne peut non plus tout nier du contexte climato-pédologique (comprendre: influence des climat et des sols).

Une société sans lait animal
Bien avant la « mondialisation » dont on parle beaucoup en ce début de XXIème siècle (phénomène qui ne date pas du siècle dernier, faut-il le rappeler), les homo sapiens sapiens mangeaient ce qu’ils avaient sous la main. Quand les conditions climato-pédologiques ne permettent pas la production en quantité importante de lait, les êtres humains ne s’y sont pas habitués. Ainsi, au Vietnam, par exemple, les sols et le climat ne sont pas propices à des belles prairies nourrissantes pour les vaches. Les races locales de vaches, buffles et autre zébus n’ont pas développé une production de lait importante, juste ce qu’il fallait pour leurs petits. Les Vietnamiens n’avaient pas de lait en abondance à leur disposion. Ils ont développé alors un régime alimentaire varié, mais sans cet élément. D’où de nombreux légumes verts, du tofu et autres préparation à base de soja, qui sont autant d’aliments contenant du calcium, aussi, voire plus facilement assimilable que celui du lait. Aujourd’hui, environ 80 % des asiatiques adultes ne peuvent digérer le lait, faute de la présence de lactase-phlorizine, l’enzyme permettant sa digestion. (Ceci est en train de changer considérablement avec l’apparition des produits laitiers importés et leur consommation.) Et la survie puis l’expansion et le développement de nombreuses sociétés asiatiques depuis la préhistoire jusqu’à notre ère prouvent bien qu’un régime sans produits laitiers n’entraine pas de carences graves, à l’échelle d’un groupe d’individus et d’une société entière.

Cet exemple d’une société « sans lait » est à mettre en exergue d’autres modèles sociéto-agronomiques dans lesquels le lait joue un rôle majeur.

A suivre…

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5 commentaires pour Avec ou sans lait ? (1/2)

  1. Moriceau Claudine dit :

    Le Vietnam dont vous parlez comme exemple de pays où l’on ne consomme pas de lait est aussi cité comme l’un des pays au plus bas taux de fractures osseuses et ostéoporose (comme beaucoup de pays asiatiques) dans des études comparatives effectuées par des instances sanitaires (je n’ai plus en mémoire les ref. précises …). Statistique confirmant, s’il en était besoin, que le lait de vache n’est pas un aliment indispensable à une bonne calcification du squelette humain, contrairement à ce que prédisent les nombreux slogans commerciaux de l’industrie agro-alimentaire.
    Merci pour ce résumé de la situation impartial et éclairant !

  2. wain" dit :

    Je pourrais porter le même pseudo que vous , j’ai eu la chance de croiser des enseignants qui n’étaient pas dogmatiques sur ce type de sujets mais nous ont invité à essayer d’avoir un soupçon d’esprit critique .
    A la maison, la base des repas est plutôt de type cuisine familiale maison, mais je n’avais pas de défiance particulière envers les produits agro alimentaires, ayant un temps travaillé ds ce domaine suite à mes études : pour rejoindre le propos d’un autre billet du blog, qd on achète ce type de produits, c’est un choix (et pour ma part, j’assume raisonnablement bien le fait que je mange du Nut » plutôt que des pâtes à tartiner autres) .
    Je suis néanmoins tombée des nues quand j’ai dû éliminer le lait, et plus exactement les PLV, de l’alimentation familiale pour cause d’un 3ème enfant allergique…et que j’ai découvert à quel point les dérivés du lait sont présents absolument partout dans les produits transformés …Je n’imaginais pas que cela pouvait être à ce point …
    J’ai apprécié d’avoir qqs bases pour déchiffrer les étiquettes, je sais maintenant ce que peut être la galère d’avoir à gérer ce type de contrainte … si l’on choisit ou si l’on doit faire « sans », c’est drôlement compliqué …

    cela étant, j’avais lu qu’un certain nbre de publications dénigrant le lait étaient financées par l’industrie du soja. Info ou intox, je ne trouve plus mes sources , mais ds un domaine où les médias s’attachent souvent plus à faire du titre que du fond, avec les conséquences économiques que cela peut engendrer, cela ne me semble pas impossible …

    bon, je vais poursuivre ma lecture du blog .

    • Merci pour votre commentaire !
      L’esprit critique, c’est la base ! 😉
      En effet, il devient de plus en plus difficile de faire la part des choses entres les informations « grand public », dont la publicité de masse, et les informations scientifiques, pas toujours abordables et peu diffusées (quoique internet aide beaucoup, mais à utiliser avec prudence).
      Si l’industrie laitière est très bien organisée -et depuis longtemps- et présente des dérives, l’industrie du soja et de ses dérivés n’en est pas moins toute blanche pour autant! Comme dans la vie, il n’y a pas les « gentils » d’un coté et les « méchants » de l’autre… C’est ce que j’essaye et que j’essayerai de dire (je dois m’y remettre!) sur ce blog. Et à toute chose malheur est bon, il faut aussi de l’agent pour financer des recherches, le public n’arrive pas à tout financer. Le tout est de savoir prendre les résultats avec le recul qu’ils méritent, d’un coté comme de l’autre.
      A bientôt sur ce blog !

  3. Ping : NON le véganisme n’est pas écologique! (plaidoyer pour l’agroécologie) | IngenieurAgroenoble

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