Bruxelles s’intéresse aux petits exploitants et aux circuits courts

Lu dans AgraPresse récemment:

« La commission européenne examine actuellement l’utilité de labels pour les petites exploitations et circuits courts et pour les produits de montagne, a annoncé le 20 avril le commissaire européen Dacian Ciolos aux  journalistes, alors que se tenait le même jour à Bruxelles une conférence sur ces thèmes réunissant plus de 400 participants. »

Dacian Ciolos a donc fait un discours pour expliquer en quoi les circuits courts sont intéressant pour l’agriculture et l’économie européenne. L’Europe s’empresse donc de théoriser et de chercher à comprendre si cela peut « vraiment marcher ».  Commercialiser les  produits locaux: circuits courts et circuits longs.

Mais que sont exactement ces « circuits courts  » ?

Le concept plus ou moins flou est en voie de réappropriation et de définition précise. Car on peut en effet définir le « court » par un nombre réduit d’intermédiaires mais un aussi par une distance réduite entre le site de production et celui de consommation. L’un et l’autre pouvant être cumulé mais pas forcément.

On peut notamment dénombrer, en France et dans le monde, les plus connus. Depuis les teikei japonais, initiés dans les années 1960,  les globalement et « anglophonement » appelés « Community-Supported Agriculture » CSA (pour: Agriculture soutenue par la communauté) se développent maintenant rapidement.

En France, on dénombre notamment:

  • les Associations pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne AMAP, maintenant bien connues dans le petit monde des bobos citadins mais pas que ! Le principe repose sur une entente et un contrat passé entre un groupe de producteurs (maraichers, mais aussi boulangers, éleveurs, ou autres selon les cas) et un groupe de consommateurs. Les premiers s’engagent à fournir régulièrement des produits et à informer sur leur mode de production, les seconds à acheter en avance (payement mensualisé, le plus souvent) et à s’engager sur une période (selon les cas 3 mois, 6 mois, un an…).
  • le réseaux des Jardins de  Cocagne qui ont un concept légèrement différent car elles impliquent en plus une large part de « social ». En effet, les producteurs ne sont pas des agriculteurs à proprement parler, mais des personnes en voie de réinsertion, encadrés par une équipe de professionnels (agricoles ou non) et produisent sous label Agriculture Biologique exclusivement.

L’idée fait son chemin : GAS en Italie, GASAP en Belgique, jardins de Cocagne en Suisse (à ne pas confondre avec les français)…

A première vue, j’ai envie de dire « il était temps ! » Temps que Bruxelles reconnaisse l’existence de ces réseaux et leur valeur économique, sociale et… agricole ! Mais après réflexion, une « labellisation » du circuit court est-elle pertinente?

Les labels ont été créés -pour résumer- dans un contexte d’éloignement du consommateur et du producteur, pour donner à ceux-ci des informations sur le respect de règles de production par ceux-là. Règles censées apporter certaines caractéristiques sur les produits achetés (on dirait une certaine « qualité ») qui les démarquent d’autre produits « standards ». Un simple logo permet donc de résumer tout une série de règles appliquées.

Trop de labels ne va-t-il pas tuer le label ? (A venir un prochain article sur les labels !) Mais surtout, le succès du phénomène « circuit court » réside à mon avis dans le fait qu’il permet d’établir une relation de proximité entre les producteurs et les acheteurs, une discussion entre les personnes. L’échange d’information est donc permanent, sur le mode de production, les conditions climatiques qui ont abouti à tel ou tel résultat, la conjoncture économique qui entraine telles ou telle conséquences. Bref, un un « aller-retour d’information » rapide -pour ne pas dire instantané- entre les intéressés. Et pas seulement du producteur vers le consommateur ! Les consommateurs peuvent aussi dire ce qu’ils apprécient/n’apprécient pas et surtout expliquer pourquoi. Et trouver une réponse parfois immédiate, parfois plus longue, mais une réponse.

Ce qui est à opposer comparer avec le système classique de commercialisation, où les informations sur les produits se résument à des inscriptions sur des étiquettes, quand les consommateurs prennent le temps de les lire. Et le retour (on aime dire « feed-back » en anglais) vers le producteur se réduisant à la quantité vendue ou invendue, sans plus d’explication.

Labelliser les circuits courts me parait ainsi être un total non-sens. Et vous, qu’en pensez vous ?

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4 commentaires pour Bruxelles s’intéresse aux petits exploitants et aux circuits courts

  1. Titi dit :

    Intéressant, mais ne faut-il pas tout de même sécuriser ces circuits courts ? Sinon, c’est la porte ouverte aux dérives!

    • @Titi, merci pour ton commentaire!
      oui, en effet, en ce moment, la « sécurisation » est de rigueur. Mais le propre des circuits courts, est que, justement, le rapport « court » permet une sorte d’auto-contrôle entre les parties prenantes.
      A mon avis, il ne faut pas penser que la sécurisation passe forcément par un organe étatique, fut-il la Commission européenne, qui, de sa « hauteur » ne pourra pas tout contrôler. Je trouve que les circuits courts (re-)donnent pouvoir et responsabilité de leur actions aux consommateurs et aux producteurs.

  2. À quoi bon un label ? Pour compter les kilomètres qui nous séparent de notre bouffe comme les locavores ? Ou peut-être pour être sûr que le producteur a payé sa dîme à Ecocert ? Finalement le bon vieux marché du village a bien des avantages sur tous ces «labels» pour néo-ruraux.

    • Merci de ton commentaire, Bob! Si je suis d’accord avec toi sur l’inutilité d’un label dans ce cas, je nuancerais l’image du « bon vieux marché du village ». Car dans de très nombreux marchés, pour ne pas dire la totalité, les producteurs (locaux ou pas) ne sont plus la majorité, loin de là. Beaucoup de marchands sont des revendeurs, qui se fournissent au MIN ou autre plateforme. On peut regretter « les marchés d’antan », certes, mais aujourd’hui, c’est ce que l’on constate.
      Et dans ce contexte, je trouve donc que les circuits courts et autres groupements pour favoriser les liens de proximité sont intéressants (même si surtout pour les néo-ruraux, comme tu dis, mais c’est une partie non négligeable de la population, qu’on l’apprécie ou pas).
      Les labels, d’après moi, servent à autre chose, mais cela sera l’objet d’un futur article (je l’espère).

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