Non le véganisme n’est pas écologique! (plaidoyer pour l’agroécologie)

Cet article me trotte dans le tête depuis un bon moment déjà. J’entends et vois de plus en plus autour de moi des amis qui veulent devenir ou deviennent « vegan ». Qu’ils le deviennent, libre à eux ! Mais quand ils m’expliquent que c’est pour des raisons écologiques, là, je tique. Ou je m’énerve intérieurement. En cette semaine du développement durable, j’en profite pour faire un point (et réveiller un peu ce blog). NON, le véganisme n’est pas écologique !

Allons y pour un texte que j’espère simple, et d’autres articles plus complets par la suite.

 

Exemple d’écosystème anthropisé (mais joli !) (source)

Les principaux arguments évoqués par les végans concernent trois thèmes majeurs: les animaux eux-même, la santé humaine, la planète.

Sur la santé humaine

je ne m’attarderai pas sur ce sujet, car ce n’est pas mon domaine. Si je suis convaincue qu’on peut vivre en bonne santé sans manger de viande (de nombreuses études -et populations!- le prouvent), je n’ai pas fait de recherche pour connaitre les carences en cas de nourriture sans aucun produits animaux.

Evidemment, la sur-consommation de protéines animales est néfaste, mais une consommation « raisonnée » n’est pas plus dangereuse que -au hasard- une surconsomamtion de sucre (hum, un bon produit végétal industriel). J’ai déjà expliqué mon point de vue sur le lait et les produits laitiers…

Donc l’argument santé ne me convainct guère à titre personnel et je reste sceptique au niveau scientifique, mais pourquoi pas.

Venons en à mon coeur de métier.

Sur les animaux et sur la planète

Le principal souci dans les arguments que j’entends ou lis, est la GÉNÉRALISATION.

«l’élevage pollue, l’élevage maltraite les animaux, l’élevage consomme trop de ressources..

Parler de L ‘élevage est un non sens total. J’avais déja évoqué le sujet dans cet article. Ca serait un peu comme parler «du fromage» pour parler des tous les types de fromage qui existent dans le monde (plus de 350 rien que pour la France, alors… point chauvinsime) ou «du vin» pour désigner l’ensemble des crus ou «des gens» pour désigner l’ensemble de la population mondiale! Il existe de nombreuses formes d’élevage, et toutes n’ont pas le même impact écologique, ni le même souci du bien-être animal. Et certaines sont même bénéfiques pour la planète. Si si, je vous assure…

Certains systèmes d’élevages très intensifs ressemble plus à des industries qu’à de l’élevage, je suis d’accord. Sauf que. Sauf que tous ne sont pas comme cela. Toute la viande de boeuf ne provient pas de feed lots américains. Tous les poulets ne viennent pas de sombre batteries mal aérées. Là où nous avons du poids, en tant que consommateur, c’est de ne pas consommer cette viande spécifiquement. Pas de rejeter tout les systèmes d’élevage en bloc. Ils en parlent très bien sur ce site.

Par ailleurs, les systèmes de cultures dits intensifs ne sont pas exempts de violence. Violence envers les humains d’abord,  cf les travailleurs exploités dans des serres de tomates en Espagne. Violence envers les animaux ensuite : eh oui ! le passage du tracteur tue forcément quelques petites ou grosses bêtes, le labour d’un champ détruit des habitats naturels de nombreux animaux sauvages, des nids, de la biodiversité en général. Le fait même d’avoir un champ cultivé au lieu d’une prairie réduit de beaucoup la biodiversité !

Oui, la déforestation de la forêt amazonienne est un carnage sans nom et son impact écologique est certain. MAIS tous les animaux ne sont pas responsable de cette déforestation. Certaines vaches enfermées en stabulation et certains cochons parqués sur caillebotis, oui. Mais ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain ! La vache Salers qui broute une prairie auvergnate ne connaitra pas forcément le goût du soja brésilien. Le cochon de Linh dans sa montagne vietnamienne non plus.

  • Les animaux sont bénéfiques au climat !!!

J’hésite à l’écrire en rouge en police 172 et en mode clignotant. Oui, les animaux sont bénéfiques au climat et à la planète ! Je ne suis pas la seule à le dire.

Ce qui est néfaste, ce sont les systèmes trop intensifs (d’élevage mais aussi de culture, car ils sont liés). Si on a des élevages intensifs d’un coté, avec des animaux parqués dans des stabulations, on a des champs sur-exploités et intoxiqués de l’autre. Je caricature, hein, mais vous voyez l’idée.

Un système écologique est un système qui utilise intelligemment tous les éléments naturels. Un ecosystème équilibré comporte des animaux et des végétaux (on parle de climax).

Un système agricole peut tout à fait être équilibré: dans une ferme de polyculture-élevage, une partie des céréales sert à l’alimentation humaine, une autre à l’alimentation animale (et notamment les résidus, les sous-produits comme les tourteaux), et les déjections animales servent d’engrais aux productions végétales. Dans l’idéal, c’est un cercle vertueux.

Dans de nombreuses fermes de part le monde, les restes des repas et les déchets de la cuisine servent à nourrir les «petits» animaux (poules, cochons, chèvres), dont les déjections amenderont le potager. Je ne parle là que des aspects écologiques, mais les aspects économiques et sociaux sont tout aussi intéressants. Un cochon est souvent une réserve de trésorerie sur pattes !

  • les animaux ne «gaspillent» pas les ressources, ils les optimisent!

Un des arguments souvent avancés par les végans est que les animaux utilisent des ressources qui pourraient être mieux utilisées par les humains. Une sorte de gaspillage en quelque sorte. Or c’est tout simplement faux !

La plupart des animaux domestiqués exploitent des ressources que l’homme ne pourrait pas utiliser. Premier exemple: l’herbe et les prairies.

Prairie dans le Jura (source de l’image)

Les animaux ne sont pas que  des «utilisateurs de ressources que l’on détourne de leur destination» ! L’herbe paturée par des ruminants ne peut pas être valorisée par les humains !!! Car non, tous les ruminants ne sont pas engraissé à coup de soja OGM et maïs transgéniques. Dans la plupart des pays du monde, y compris en Europe! les ruminants mangent… de l’herbe (ou du foin, qui est de l’herbe séchée). Et qui peut valoriser l’herbe ? Personne d’autre. Les ruminants sont des animaux polygastriques, ils possèdent quatre estomacs. Cela leur permet de digérer la cellulose de l’herbe, ce que ne savent pas faire, par exemple, les monogastriques (les animaux n’ayant qu’un seul estomac, par exemple, l’être humain).

Donc un troupeau de vaches/moutons/chèvres qui pature un pré ne «vole» de resources à personne, au contraire, il utilise au maximum l’énergie solaire via la chlorophylle de l’herbe.

Une prairie où pâturent des animaux abrite également de nombreux autres animaux. C’est tout un écosystème à part entière !

Et sans animaux domestiqués, plus de prairies. Eh oui, les vaches ne vont pas se garder toutes seules… La belle prairie de l’image ci-dessus deviendra, au mieux une forêt, au pire une broussaille ou une étendue d’épiceas alignés (exploités par des tracteurs à essence!).

Je donnerai plus de détails dans un autre article, notamment à propos de schémas souvent diffusés sur les sites végans à propos des animaux qui «consomment trop».

Et les animaux ne font pas que consommer, il digèrent également. Et ayant bien digéré, ils…défèquent ! Oui, ils faut bien parler de leurs déjections, car, loin d’être sale, c’est de l’or noir. Les déjections bovines, par exemple, associée à la paille, font du fumier. Le fumier a des qualités inestimables pour améliorer et la texture et la composition des sols cultivés. Et si on n’utilise pas de fumier pour amender un sol, on peut utiliser… des engrais de synthèse. Qui, rappelons-le, sont fabriqués à partir de pétrole. Très écologique? Très bon pur la santé humaine?

  • les animaux sont pas (tous) malheureux

Encore une fois, évitons la généralisation. Evitons l’anthropocentrisme aussi. Une vache qui passe la nuit dehors n’est pas «malheureuse», même si nous, humains, préférerions un bon lit.

Ensuite, si je conçois aisément que des animaux parqués nuit et jour sans pouvoir bouger, en partie mutilés, ont de forte chance de ne pas être dans un état de bien-être maximal, ce n’est pas le cas de tous !!!

Un éleveur prend soin de ses bêtes. Ou, pour éviter les généralisations que je reproche, la majorité des éleveurs prennent soin de leurs bêtes. Si tant est qu’ils en sont pas poussés à bout par un système économique qui les force à produire toujours plus pour toujours moins cher. La première cause de maltraitance des animaux est là : la maltraitance des humains. Maltraitance qui peut être psychologique ou financière. Toujours plus de lait, toujours plus de viande, toujours moins d’espace, moins d’argent, moins de temps… Au final, on arrive à des aberrations, comme mettre 5 poules dans une cage d1 m³ ou donner de la viande à un herbivore… Mais ces aberrations ne sont pas structurelles, elle ne sont pas liées à l’élevage en général mais à un système en particulier.

C’est contre l’industrialisation des systèmes d’élevage qu’il faut lutter, pas contre l’élevage en général.

  • sans produits d’origine animale, on utilise quoi ?

J’en rajoute encore une petite couche… si on est un peu sensible à l’écologie de la planète, un sujet devrait vous parler: le plastique. Pour mémoire, le plastique est produit à partir de pétrole. Une ressource limitée, même si on en repousse de plus en plus les limites. Et à ce jour, seul 5 % du plastique utilisé est recylé… Comment remplacer certains matériaux aux qualités largement démontrées telles que la laine, le cuir, la cire d’abeille… ? par du plastique. Du plastique dont la production va tuer un nombre incalculable d’animaux (vous croyez que lors de la construction d’une plateforme pétrolière, on fait attention à tous les bébés-oiseaux et les bébés-phoques?) et dont le non-recyclage va aller polluer les champs, les prés, les rivières, la mer… en tuant encore quelques animaux au passage -qui eux non plus n’ont rien demandés. Malheureusent, je n’ai pas trouvé de chiffre qui permettrait de savoir combien d’animaux sont mort à cause du plastique (ou de la pollution humaine en général). Mais si vous avez 52 min devant vous, un petit visionnage sur les « qualités » du plastique ici: océan de plastique. Peut-être préférez-vous ensuite mettre un pull en laine qu’une veste en polaire…

Pour minimiser l’impact de l’humain sur la planète, il est nécessaire de raisonner en terme d’équilibre et d’écosystème, pas en terme de végétal ou animal.

L’agroécologie, c’est optimiser l’ensemble du fonctionnement des écosystèmes pour en prélever ce qui nous est nécessaire. Et les écosystèmes ne peuvent pas fonctionner avec seulement des éléments végétaux.

Alors que faire ?

Que ce soit pour sa propre santé ou pour celle de la planète, il me semble plus intéressant de s’orienter vers une alimentation équilibrée. Cela semble simpliste, mais qu’entend-on par «équilibré» ? Chacun trouvera son équilibre à sa manière… Quelques idées par ici.

Pour les produits animaux : choisir des produits qui respectent au mieux les conditions de vie et de morts des animaux. Boeuf, mouton, porc labellisés par des labels qui garantissent un mode de production écologique (pas forcément AB), volaille et oeufs de plein air, miel d’apiculteur local et qui pratique la transhumance… Idem pour les productions végétales.

Se fier aux labels qui garantissent des condtions de productions respectueuses des animaux mais aussi des humains.

Si vous êtes en ville: venez donc à la campagne, vous découvrirez la réalité de la production agricole ! Faites votre jardin, votre compost, élevez vos propres poules, votre propre cochon à partir des restes de votre cuisine… Trêve d’ironie, évidemement que c’est notre mode global de vie et de consommation qui est à voir dans son intégralité. On n’est pas « écolo » seulement en faisant un geste isolé… Tout comme on n’est pas un méchant pollueur parce que l’on a fait un écart…

Nul n’est obligé de manger une entrecôte par jour évidemment ! La viande tous les jours n’est pas essentielle à une bonne santé. Raison de plus pour la payer plus chère, de bonne qualité, et en manger moins souvent. Des rations raisonnables, adaptées à l’âge et au mode de vie. Un.e cadre sédentaire citadin n’a pas le même besoin qu’un.e jeune enfant ni qu’un.e ouvrier.e du bâtiment !

Tout cela évidemment à partir du moment où on a le choix, matériel et financier. Mangez «écolo» ne coute pas forcément plus cher, mais peut demander plus de temps.

La blogueuse Antigone XXI dit sur son blog que c’est par l’information qu’elle a questionné son alimentation. Elle est devenue une référente en matière de véganisme. Alors j’aimerai que ce modeste article apporte d’autres sources d’informations !

Précisons que c’est un débat ouvert, à partir d’arguments scientifiques et de raisonnement. Je ne prétends pas convaincre qui que ce soit, simplement donner des éléments pour faire réfléchir.

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Humanitaire, faire le bien ou se faire du bien?

Un -presque- récent article me fait avoir un haut le cœur.

Il décrit le tourisme humanitaire, en Haïti, et décrit notamment comment des ONG, principalement issues de certaines églises américaines, se veulent faire de l’humanitaire alors que cela ressemble plus à du tourisme déguisé pour se donner bonne conscience. (Avec comme actions, notamment, des distributions de sucreries!)

Dickingson, membre de l'ONG Healing Haïti s'occupe d'une petite fille, le 17 janvier 2013 à Titanyen. 

Crédit photo : Corentin Fohlen

Vous pouvez voir l’ensemble de ses photos ici.

 

Cet état d’esprit, je l’avais pressenti lors de certaines missions, déjà. Il m’avait rebuté déjà, parfois même coupé l’envie de continuer.

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Produire de la viande de boeuf couterait cher à l’environnement ? Entre amalgame et simplification outrancières…

Ce blog est en lonnngue jachère pour cause de manque de temps, d’envie, d’énergie… Mais un récent article du Monde a fait ressortir ma fureur et le besoin d’écrire!

Le voici. Le bœuf, une source de protéine qui coute cher à l’environnement.

J’ai failli m’étrangler rien qu’un lisant le titre, la suite de l’article ne vaut pas mieux.

Séance de décryptage.

Le titre: dire « le bœuf » comme s’il n’y avait qu’une et une seule manière de produire de la viande de bœuf dans le monde est déjà une grossière simplification. A ce niveau là ce n’est plus de la simplification, c’est de l’ignorance, tout simplement.

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Saucisson de cheval

Tout a été dit ou presque sur cette affaire.
Comment en parler de manière originale? Je ne sais pas.
Simplement, rappeler quelques faits, parfois, souvent simplifiés, modifiés, déformés, par un déferlement médiatique.

Posons d’abord les bases. Cette histoire est une histoire de fraude. De tromperie. D’arnaque. D’entourloupe. De tricherie.
Mais ce n’est PAS un scandale sanitaire. A ce jour, personne n’est mort (si ce n’est des vaches et des chevaux), personne n’est empoisonné, personne n’est malade.

Il y a quelques doutes, comme l’évoque Fabrice Nicolino dans cet article, mais le point de vue d’un vétérinaire vient le contre-balancer.

Donc en parler, oui, mais faire peur, non.

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Olivier de Schutter, l’homme à suivre

Le blog est un peu délaissé ces temps-ci, pour cause d’emploi du temps surchargé. Il faut du temps pour écrire des articles documentés, temps qu’il m’est difficile de trouver.

Je souhaite tout de même partager cette interview de Olivier de Schutter. C’est incroyable comme il expose exactement ce à quoi je crois.

Il tort le cou au passage à quelques idées trop généralement admises:

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Fumer tue… mais l’État subventionne le tabac!

Saviez-vous que l’on produit du tabac en France? Une production pas si anecdotique, car le pays se hisse au 6ème rang des producteurs européens, avec en moyenne 16 000 tonnes par an.

Quelques 2 000 exploitations spécialisées, sur de petites surfaces (1,5 à 8 ha), pour un total de 7 000 hectares, principalement dans le Sud-Ouest et en Alsace. nécessitant beaucoup de main d’œuvre. Le tabac transformé est exporté dans 20 pays, principalement la Russie, les États-Unis, et l’Égypte.

C’est une production organisée: les tabaculteurs sont tous adhérents d’une structure coopérative et se sont dotés de leur propre outil de transformation, situé à Sarlat. Ces coopératives, sept au total, assurent la totalité de la production, de la collecte et de l’encadrement technique. Toute la production est contractualisée et une caisse d’assurance mutuelle spécifique à la production de tabac a été mise en place par les producteurs. Il existe même une association nationale interprofessionnelle et technique du tabac (Anitta).
Ces informations sont disponibles par là ou bien par ici.)

Profession qui dit ne pas pouvoir survivre sans subventions et tout récemment dans le Périgord. Là où je vois comme une incohérence sans nom, c’est que l’État subventionne cette culture!

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Le riz thaïlandais…

ou la supériorité de l’économie sur l’alimentation.

Source: http://www.agroligne.com/contenu/vertus-sante-riz

Des articles sur le net interpellent mon attention: comme celui-ci et celui-là.

Ainsi, pour une fois qu’un pays dit « du Sud » ou « en développement », à l’instar des pays occidentaux (Union européenne et États-Unis) soutient ses agriculteurs et leur propose un prix décent pour leur production, des économistes viennent descendre en flèche cette politique, au nom des échanges internationaux et des sacro-saintes exportations. Néo-libéralisme outrancier.

C’est au contraire une initiative qu’il faut saluer, à mon humble avis.

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